Nouvelles : Un jeune de 25 ans raconte comment il s'est mis à croire aux théories du complot

Un jeune de 25 ans raconte comment il s'est mis à croire aux théories du complot

Tous les détails à l'intérieur.

Publié le par Ayoye Monde dans Nouvelles

Un informaticien de 25 ans qui a sérieusement cru les théories complotistes au début de la pandémie désire aujourd'hui venir en aide à ceux qui en sont adeptes, rapporte La Presse. 

Des experts mettent toutefois en garde contre les risques de « déradicalisation » d'anciens adeptes. 

« Le 29 avril, à 20 h 38, j’ai tapé “QAnon” pour la première fois de ma vie dans le moteur de recherche », explique celui qui travaille comme informaticien et qui s'est confié au quotidien montréalais. 

Le jour suivant, il est tombé sur la chaîne Stu-Dio, d'André Pitre, aujourd'hui banni de YouTube après avoir largement partagé les thèses de QAnon, pour ensuite visionner des contenus du complotiste Alexis Cossette-Trudel. 

« C’est fou à quel point ça a kické vite ! On le voit bien, il suffit de cinq ou six jours pour tomber dans le pattern », », explique Antoine, qui se décrit comme un individu ayant « flirté » avec les thèses complotistes sans complètement y adhérer. 

« J’étais à ce moment-là dans une sorte de mode obsessif. J’étais anxieux, persuadé que le confinement allait durer jusqu’à la fin des temps. Des vidéos vues par 500 000 personnes me parlaient du “Great Reset” de la société, alors que l’économie était fermée. Je n’y croyais pas vraiment, mais ça stimulait ma curiosité. J’étais comme dans une chasse au trésor », se souvient-il. 

Si aujourd'hui, il n'est plus adepte de telles théories, il désire aider d'autres à s'en sortir, en se joignant à Cons'aide, un organisme bénévole sur Facebook qui vient en soutien aux complotistes et à leurs proches. 

« Je les écoute. Je n’essaie même pas de les convaincre qu’ils ont tort. Je comprends exactement les patterns dans lesquels ils sont tombés, et juste d’en discuter avec eux, ça fait baisser leur niveau de stress », a-t-il expliqué. 

« Souvent, les gens nous contactent juste parce qu’ils veulent vider leur sac au sujet d’un proche qui est tombé dans le complotisme. Nous les écoutons, mais nous ne sommes pas des psychologues. Nous les référons à des services d’aide professionnels en les aidant à trouver ce qui est disponible dans leur région », ajoute la cofondatrice du groupe de soutien, Anne Marie Tapp. 

Toutefois, le sociologue Martin Geoffroy, directeur et chercheur principal du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, l'organisation « anticomplotiste » serait malsaine. « Ils disent d’un côté qu’ils veulent aider les gens qui adhèrent à ces théories, mais de l’autre, ils les harcèlent jusqu’à l’écœurement. Ils les pompent. Leurs stratégies s’apparentent à celles de l’extrême droite. Ça nuit aux efforts des professionnels », souligne-t-il. 

La directrice du groupe Recherche et action sur les polarisations sociales, la psychiatre sociale Cécile Rousseau, abonde en ce sens. Selon elle, il faut éviter d'essayer de « guérir » les personnes devenues complotistes de façon modérée.  « Ça ne se soigne pas et on ne doit pas le pathologiser », dit-elle.

« Le conspirationnisme n’est pas un problème en soi. C’est une façon de reprendre le contrôle sur sa vie et de réagir à un discours dominant qui est de plus en plus orthodoxe en ces temps de pandémie. Montrer de l’agressivité en miroir ne fait qu’augmenter la colère et les possibilités de violence », ajoute-t-elle. « Ce qui marche, c’est l’empathie. »

Source: La Presse · Crédit Photo: Adobe Stock